Assurance décennale micro-entreprise : ce qui change vraiment
Micro-entreprise et auto-entrepreneur désignent aujourd’hui le même régime. Ce qui distingue réellement votre situation, ce n’est pas l’appellation : c’est que la micro est un régime fiscal, pas une forme juridique — et qu’en micro, votre décennale ne se déduit pas. Comptez 600 € à 1 500 € par an en second œuvre.
Micro-entreprise ou auto-entrepreneur : la même chose
Commençons par lever la confusion, parce qu’elle fausse toutes les recherches sur le sujet. Le régime « auto-entrepreneur » a été fusionné dans le régime de la micro-entreprise. Les deux mots désignent désormais la même réalité : un régime fiscal et social simplifié, avec un plafond de chiffre d’affaires, des cotisations calculées sur le chiffre d’affaires encaissé, et des obligations comptables allégées.
En matière d’assurance décennale, la conséquence est simple et sans nuance : tout ce qui vaut pour l’auto-entrepreneur vaut pour la micro-entreprise. Mêmes obligations, mêmes tarifs, mêmes pièges. Si vous cherchiez une différence, il n’y en a pas.
Ce qui mérite en revanche d’être traité à part — et que cette page développe — ce sont les particularités du régime micro lui-même quand elles rencontrent l’assurance : la nature juridique de votre entreprise, le traitement fiscal de la cotisation, les mentions à porter sur vos documents, et ce qui se passe le jour où vous sortez du régime.
Pour le cadre général de l’obligation, voyez décennale auto-entrepreneur. Pour les chiffres détaillés métier par métier, voyez les tarifs.
Un régime, pas une forme juridique
C’est le point que la plupart des micro-entrepreneurs découvrent tard, et il commande le reste. La micro-entreprise n’existe pas en tant que structure juridique. C’est un régime simplifié qui s’applique à une entreprise — le plus souvent une entreprise individuelle.
Autrement dit : juridiquement, vous n’êtes pas « une micro-entreprise », vous êtes un entrepreneur individuel soumis au régime micro. Trois conséquences concrètes côté assurance :
- ✓L’assureur n’assure pas un régime. Il assure une entreprise identifiée par son SIRET, exerçant des activités déclarées, réalisant un certain chiffre d’affaires. Votre régime fiscal n’apparaît quasiment nulle part dans le contrat — ce qui explique qu’il ne soit pas un critère de tarification.
- ✓Votre responsabilité est celle d’un constructeur, pleine et entière. Aucun allègement ne découle du régime simplifié : les articles 1792 et suivants du Code civil s’appliquent à vous comme à une entreprise de vingt salariés.
- ✓Votre patrimoine suit le régime de l’entrepreneur individuel. La séparation des patrimoines protège votre patrimoine personnel des créanciers professionnels, mais elle n’efface ni la sanction pénale ni la saisie de votre patrimoine professionnel — véhicule, outillage, stock. Le sujet est développé sur la page décennale artisan.
L’obligation : aucun seuil, aucune exception
L’article L241-1 du Code des assurances impose la souscription d’une assurance décennale avant l’ouverture de tout chantier à quiconque réalise des travaux de construction. Le texte ne connaît ni statut, ni régime fiscal, ni volume d’activité.
Trois idées reçues à écarter définitivement :
- ✓« Je facture peu, je ne suis pas concerné. » Faux. Un micro-entrepreneur qui facture 6 000 € par an est soumis à la même obligation que celui qui en facture 70 000 €. Aucun seuil n’exonère.
- ✓« Je travaille surtout pour des particuliers. » Sans effet. C’est la nature des travaux qui déclenche l’obligation, pas la qualité du client — et le particulier est justement celui que la décennale protège.
- ✓« Je suis en franchise de TVA, mon activité est marginale. » La franchise en base de TVA est un régime fiscal sans rapport avec l’assurance construction. Elle ne dit rien de la nature de vos travaux.
La sanction du défaut d’assurance est celle de l’article L243-3 : 75 000 € d’amende et six mois d’emprisonnement. S’y ajoute une réalité commerciale — l’attestation étant exigée sur les devis et les factures depuis 2015 (article L243-2), son absence vous écarte de fait des chantiers sérieux et de la sous-traitance.
Le point que personne ne dit : la cotisation ne se déduit pas
Voilà la vraie spécificité du régime micro en matière d’assurance, et elle a un impact direct sur votre trésorerie.
En micro-entreprise, votre bénéfice imposable n’est pas calculé à partir de vos charges réelles : l’administration applique à votre chiffre d’affaires un abattement forfaitaire représentatif de vos frais professionnels, dont le taux dépend de la nature de votre activité. Aucune charge réelle ne vient s’y ajouter. Vos cotisations sociales, elles, sont calculées directement sur le chiffre d’affaires encaissé.
Conséquence pratique : votre cotisation d’assurance décennale ne se déduit de rien. Elle est réputée couverte par l’abattement forfaitaire, qu’elle représente 600 € ou 4 000 € par an. Là où une société au réel passe la prime en charge et en réduit son résultat imposable, vous la payez intégralement sur votre trésorerie.
| Situation | Traitement de la cotisation | Coût réel supporté |
|---|---|---|
| Micro-entreprise | Non déductible — couverte par l’abattement forfaitaire | La totalité de la prime |
| Entreprise individuelle au réel | Charge déductible du résultat | La prime, minorée de l’économie d’impôt |
| Société (EURL, SASU, SARL) | Charge déductible du résultat | La prime, minorée de l’économie d’impôt |
Deux précisions utiles pour éviter les fausses attentes :
- ✓Il n’y a pas de TVA à récupérer sur une cotisation d’assurance. Les primes ne supportent pas de TVA mais une taxe sur les conventions d’assurance, de l’ordre de 9 %, que personne ne récupère — ni en micro, ni en société. La question de la franchise de TVA est donc sans objet ici.
- ✓Ce constat n’est pas un argument contre le régime micro. Il en éclaire simplement le coût réel : à prime égale, la décennale pèse plus lourd sur un micro-entrepreneur que sur une société. C’est une raison supplémentaire de la comparer sérieusement, et de l’intégrer à vos prix dès le premier devis de l’année.
Le traitement fiscal exact de votre situation relève de votre expert-comptable : les éléments ci-dessus décrivent le fonctionnement général du régime, ils ne constituent pas un conseil fiscal individualisé.
Combien coûte la décennale en micro-entreprise
Le plafond de chiffre d’affaires du régime vous place mécaniquement dans la tranche basse de la grille de tarification — un coefficient de 0,80 est appliqué jusqu’à 35 000 € de chiffre d’affaires. Ce n’est donc pas votre statut qui fait baisser le prix, mais votre volume d’activité.
| Métier en micro-entreprise | Par an | Par mois |
|---|---|---|
| Peintre, décorateur | 560 € – 1 120 € | 47 € – 93 € |
| Carreleur | 720 € – 1 440 € | 60 € – 120 € |
| Électricien | 720 € – 1 440 € | 60 € – 120 € |
| Plombier, chauffagiste | 800 € – 1 600 € | 67 € – 133 € |
| Multiservice bâtiment | 960 € – 2 080 € | 80 € – 173 € |
| Maçon, gros œuvre | 2 000 € – 4 000 € | 167 € – 333 € |
La grille complète des dix-huit métiers, le poids de la décennale dans votre chiffre d’affaires et le calcul du montant à intégrer à vos devis figurent sur la page tarifs décennale auto-entrepreneur.
Estimez votre cotisation
Le simulateur est préréglé sur un chiffre d’affaires de micro-entreprise. Sélectionnez votre métier, puis ajustez votre expérience et votre sinistralité :
À garanties équivalentes, l’écart entre la meilleure et la moins bonne proposition atteint couramment 30 à 50 % sur un même dossier. Sur une prime de 1 000 €, cela représente 300 € à 500 € par an — et en micro, ce sont 300 à 500 € de trésorerie nette, puisque la cotisation ne se déduit pas.
Comparaison gratuite et sans engagement. Décennales.fr est un service d’information et de comparaison, non courtier en assurance.
Devis et factures : les mentions obligatoires en micro
Le régime micro impose déjà des mentions spécifiques sur vos documents commerciaux. Celles liées à l’assurance s’y ajoutent — et ce sont les seules dont l’absence peut vous coûter un chantier.
| Mention | Origine | Ce qu’elle doit indiquer |
|---|---|---|
| Assurance décennale | Article L243-2 du Code des assurances | Assureur, numéro de contrat, couverture géographique |
| Franchise en base de TVA | Article 293 B du Code général des impôts | « TVA non applicable » si vous en relevez |
| Identification de l’entreprise | Obligations commerciales | Nom, adresse, SIRET |
| Qualité d’entrepreneur individuel | Statut de l’entrepreneur individuel | Mention identifiant votre qualité d’EI |
Deux réflexes qui évitent des difficultés bien réelles :
- ✓Portez les mentions d’assurance dès le devis, pas seulement sur la facture. C’est au moment du devis que le client — ou l’entreprise principale — vérifie votre couverture, et c’est là que se perdent les chantiers.
- ✓Demandez une attestation nominative dès votre échéance annuelle et gardez-la accessible sur votre téléphone. Une attestation périmée dans un dossier de candidature produit exactement le même effet qu’une absence d’assurance.
Le détail des contrôles à effectuer sur une attestation figure sur la page attestation décennale.
Dépassement de plafond et passage en société
Le régime micro a une fin : le dépassement des seuils de chiffre d’affaires, ou une décision de croissance. Dans les deux cas, l’assurance suit — à condition d’anticiper.
Vous restez en entreprise individuelle mais sortez du régime micro — vous basculez au régime réel. Votre entreprise ne change pas d’identité : même SIRET, même contrat. Signalez simplement votre nouveau chiffre d’affaires à votre assureur, qui régularisera la prime. La cotisation devient alors déductible de votre résultat.
Vous créez une société — EURL, SASU, SARL. C’est là que se joue le vrai risque : la société est une personne juridique nouvelle, avec un SIRET différent. Votre contrat, souscrit au nom de l’entreprise individuelle, ne la couvre pas automatiquement. Trois règles :
- ✓Souscrivez ou transférez le contrat au nom de la société avant son premier chantier. Un chantier ouvert par la société sans contrat à son nom n’est pas couvert.
- ✓Ne résiliez pas le contrat de l’entreprise individuelle avant d’avoir traité le passé. Vos chantiers antérieurs restent couverts par l’assureur en place au jour de leur ouverture — la décennale fonctionne en capitalisation — mais votre responsabilité personnelle sur ces chantiers court encore dix ans.
- ✓Prévoyez la hausse de prime. La croissance du chiffre d’affaires fait passer le coefficient de 0,80 à 1,00, puis 1,35 : la prime augmente avant même que la trésorerie ne suive.
La règle absolue, dans tous les cas de figure : aucun jour sans couverture. Un chantier ouvert pendant une interruption n’est couvert par personne, ni par l’ancien contrat, ni par le nouveau.
Ce que représente cette exposition, sur un volume de chantiers de micro-entrepreneur :
Les 5 erreurs spécifiques à la micro
- ✓Croire que le faible chiffre d’affaires dispense de l’obligation. Aucun seuil n’exonère : l’obligation porte sur l’activité, pas sur le volume.
- ✓Oublier que la cotisation n’est pas déductible. En micro, la prime sort intégralement de votre trésorerie : elle doit figurer dans vos prix, pas dans vos regrets de fin d’année.
- ✓Ne pas déclarer une activité exercée occasionnellement. Un lot non déclaré n’est pas couvert, même s’il représente 3 % de votre chiffre d’affaires — premier motif de refus d’indemnisation du marché.
- ✓Créer une société sans transférer le contrat. Nouveau SIRET, nouvelle personne juridique : le contrat de l’entreprise individuelle ne la couvre pas.
- ✓Sous-déclarer son chiffre d’affaires pour payer moins. La régularisation annuelle arrive de toute façon, et l’écart peut donner lieu à une réduction proportionnelle d’indemnité en cas de sinistre.
Si vous démarrez tout juste, la page décennale auto-entrepreneur détaille les étapes de la première souscription, et décennale pas chère les leviers pour réduire la facture.
Questions fréquentes
Ce que les micro-entrepreneurs du bâtiment demandent le plus souvent.
Micro-entreprise et auto-entrepreneur, est-ce différent ?
Non. Le régime auto-entrepreneur a été fusionné dans le régime de la micro-entreprise : les deux mots désignent la même réalité. En matière de décennale, les obligations, les tarifs et les pièges sont strictement identiques.
Une micro-entreprise doit-elle avoir une décennale ?
Oui, dès qu’elle réalise des travaux de construction, et avant l’ouverture du chantier (article L241-1 du Code des assurances). Aucun seuil de chiffre d’affaires n’exonère : facturer 6 000 € par an ne dispense de rien.
La cotisation est-elle déductible en micro-entreprise ?
Non. Le régime micro applique un abattement forfaitaire pour frais professionnels, sans déduction de charges réelles : la cotisation est réputée couverte par cet abattement. Là où une société la passe en charge, vous la supportez intégralement. Pour votre situation précise, votre expert-comptable reste l’interlocuteur.
Puis-je récupérer la TVA sur ma décennale ?
Non, et personne ne le peut. Les cotisations d’assurance ne supportent pas de TVA mais une taxe sur les conventions d’assurance, de l’ordre de 9 %, qui n’est récupérable par aucun statut. La question de la franchise en base de TVA est sans objet ici.
La micro-entreprise protège-t-elle mon patrimoine personnel ?
La micro n’est pas une forme juridique : vous êtes entrepreneur individuel. La séparation des patrimoines protège votre patrimoine personnel des créanciers professionnels, mais elle n’efface ni la sanction pénale ni la saisie de votre patrimoine professionnel — véhicule, outillage, stock, c’est-à-dire votre capacité à travailler.
Que se passe-t-il si je dépasse le plafond de chiffre d’affaires ?
Vous sortez du régime micro et basculez au réel, mais votre entreprise ne change pas d’identité : même SIRET, même contrat d’assurance. Signalez le nouveau chiffre d’affaires à votre assureur, qui régularisera la prime — le coefficient passe de 0,80 à 1,00, soit environ +25 %. En contrepartie, la cotisation devient déductible.
Je crée une société : mon contrat suit-il ?
Pas automatiquement, et c’est un vrai risque. La société est une personne juridique nouvelle, avec un SIRET différent : le contrat souscrit au nom de l’entreprise individuelle ne la couvre pas. Souscrivez ou transférez le contrat au nom de la société avant son premier chantier, sans laisser un seul jour d’interruption.
Quelles mentions dois-je porter sur mes devis ?
Outre vos coordonnées, votre SIRET et la mention de franchise en base de TVA si vous en relevez, vous devez indiquer votre assurance décennale : assureur, numéro de contrat et couverture géographique (article L243-2 du Code des assurances). Portez-les dès le devis, c’est à ce moment que le client vérifie.
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